faire de la gravité une force alliée

Lors du récent stage sur la position debout, vous avez commencé par faire, au travers d'exercices allongés (!...) l'expérience de la gravité. Et, généralement, c'est une expérience agréable : la sensation d'être porté... supporté... tenu... soutenu. C'est une expérience que je voulais que vous fassiez, parce que dans notre pratique de yoga (notamment lorsque nous prenons des postures d'équilibre), comme dans notre vie quotidiennela gravité est souvent dans nos esprits - inévitablement associée à la pomme de Newton... - un principe de chute. Elle est la force qui nous fait tomber, la force qui nous tasse, qui nous voûte, qui nous ride à mesure que nous vieillissons. Et contre cette force qui tire constamment tout vers le bas, il faudrait en retour constamment lutter, pour se redresser, pour se verticaliser.

les pierres équilibristes de Bill Dan

Mais, la gravité est-elle une adversaire ? Est-elle une adversaire, quand elle est, fondamentalement, la force qui me fait tenir sur terre ? Elle est c'est vrai quelquefois la force qui me fait tomber, mais elle est aussi et avant tout, la force qui me fait tenir. Est-elle mon adversaire quand je me verse une tasse de thé, ou quand je secoue une nappe pour en faire tomber les miettes ? Quand je plonge dans la piscine, ou quand je prends une posture de yoga suspendue ? La rivière qui coule, lutte-t-elle ? Le funambule lutte-t-il ? L'enfant qui grandit, la plante qui pousse, luttent-ils contre la gravité ?

Vous voyez que dans la nature, dans les processus naturels, il y a une acceptation de cette force de gravité. Que nous l'utilisons nous-mêmes sans nous en rendre compte dans notre quotidien. Et si nous, humains, seuls mammifères bipèdes à la surface de la planète, avons la sensation de lutter contre cette force naturelle, et bien c'est que nous ne respectons pas, que nous ne respectons plus, posturalement, les lois de l'équilibre terrestre...
Je vous rappelle qu'aujourd'hui, les anthropologues nous disent qu'il y a 300 000, un million d'années, homo erectus ne s'est pas redressé pour (comme on le croyait jusqu'ici) regarder par-dessus les hautes herbes, mais qu'il s'est mis debout par ECONOMIE D'ENERGIE. Parce qu'il avait besoin de parcourir de longues distances pour se nourrir, et que c'est cette position, sur deux pieds, qui, dans le cycle de l'évolution, est apparue comme la plus économe, la moins fatiguante. Et si la bipédie avait été une telle lutte contre une force si énoooorme, une force qui, de toute manière, s'exerce et nous dépasse (contre laquelle nous n'avons aucune chance...), très certainement nous ne nous serions jamais levés, et nous serions restés plus près du sol, un peu comme les grands singes.

Mais nous sommes debout, et il serait judicieux... il serait merveilleux... il serait temps, dans ce siècle où nous avons "mal au dos", de retrouver cet alignement juste pour lequel nous avons été conçus. Une posture debout, verticale, mais dans laquelle nous pouvons être parfaitement détendus, pris en charge, abandonnés dans "les bras de la gravité". Etre debout, méditatif, dans la paix des organes, dans le silence du cerveau. En adéquation, en sympathie avec la force de gravité qui n'est plus alors, cette force qui nous "tire vers le bas", mais en quelque-sorte nous "aspire vers le haut". Et c'est alors que, dans cet équilibre paisible où "tout tient tout seul", nous commençons à "faire" du yoga, si... le yoga, comme on me l'a enseigné en Inde, est le moyen de recaler le corps, de réaligner notre propre géométrie corporelle, sur la géométrie de l'univers lui-même...

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