sommes-nous trop assis ?

Il y a quelques mois, à la suite d'un article du Washington Post sur les dangers de la position assise, la presse internationale et française reprenaient cette information selon laquelle rester assis serait mauvais pour notre santé, certaines études allant même jusqu'à démontrer que l'assise prolongée nous tue !... Pourtant, l'assise est l'essence même du yoga : le mot āsana, que l'on a traduit en occident par "posture" veut littéralement dire "assise" et la Hatha Yoga Pradīpikā par exemple nous dit de padmāsana, la suprême posture du lotus, qu'elle guérit tous les maux. Alors ?


une image du site aufeminin.com

Alors, il est certain que dans nos sociétés modernes occidentales, nous passons une bonne partie de notre vie assis. On est assis au travail, à l'ordinateur, à table, dans la voiture, dans les salles d'attente, les bus, les trains, les trams, chez le dentiste, chez le coiffeur, au cinéma, devant la télé, sur un banc de square. On est assis (presque) tout le temps ! Mais surtout, l'on est mal assis. On est assis avachi, sur le sacrum au lieu des ischions, la colonne lombaire arrondie, tassée, les épaules rondes, la poitrine descendue vers le ventre, entravant la bonne respiration et la bonne circulation du sang, de la lymphe, de l'énergie dans cet espace central et vital du corps qui contient les organes. 
Et c'est cela surtout, cet avachissement, qui fait de l'assise moderne une posture, à juste titre, accusée de tous les maux : diabète, cancers (du colon, du sein, de l'endomètre), hypertension, maladies cardiaques, hernies discales, ostéoporose, etc, etc..., et même (et donc...) de mort prématurée.

Devant le sérieux de l'affaire, certains proposent aujourd'hui à ceux qui travaillent assis (et sont donc les plus exposés), de travailler... debout. Bonne idée, très bonne idée, mais là encore, de la même manière que l'on est mal assis, l'on est souvent "mal debout"... et qui plus est la plupart du temps, dans des chaussures qui forcent le corps à adopter une position anti-physiologique, tout aussi nuisible que la posture assise. Le tout debout au lieu du tout assis n'est donc pas la panacée (on connaît les insuffisances veineuses des coiffeuses ou des infirmières de bloc... ou encore les menaces d'accouchement prématuré chez les femmes enceintes qui passent toute la journée debout). Et la parade qui consiste (pour combattre la sédentarité) à travailler sur un tapis roulant n'est pas idéale elle non-plus, car ce type de marche artificielle n'active pas les muscles normalement sollicités dans la marche sur terre ferme, et va, à la longue, raccourcir le psoas (le stage sur ce thème est en avril...), exactement comme on le reproche aussi à la position assise...

Alors donc, que faut-il faire ? Rien n'est bon, rien n'est mauvais "en soi". C'est le trop qui nuit, le toujours assis ou le toujours debout, de même que le toujours immobile. Il faudrait donc, pour améliorer sa santé, travailler assis et travailler debout, penser régulièrement, à sortir faire quelques pas dehors, sur un vrai sol, naturel... Bref, alterner, varier les postures (la vie est mouvement...), et apprendre à bien se tenir, assis, debout ou dans quelque position que ce soit pour ne pas entraver le travail des organes vitaux. Comprendre que la posture debout, en sanskrit tāḍāsana (le stage est en décembre...) est la position de base de l'être humain, la position à partir de laquelle toutes les autres sont possibles (tāḍa veut dire montagne, mais tad c'est aussi "le neutre", et c'est encore "ensuite, alors"... Tāḍāsana est une posture basique, à partir de laquelle toutes les autres vont "se dérouler"...) ; tandis que la posture assise est la position de repos, ou de méditation... Car bien-sûr que la posture assise de yoga, l'āsana, ne peut absolument pas se réduire à ces considérations biomécaniques... Et ce noeud énergétique complexe qu'est padmāsana fait circuler prāṇa, la force de vie, d'une manière bien spécifique, qui ouvre les portes de la santé, mais aussi celles de la spiritualité...

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