une bien grande peine

Si vous êtes venus en cours ces dernières semaines, vous m'avez trouvée affligée d'une bien grande peine : 
la perte - encore ! - de l'un de nos chats, mon bon gros chat noir Muji, passé sous les roues du boulanger il y a deux mercredis... C'est une bien grande peine, parce que j'avais un contact vraiment particulier avec ce chat, et que, sans doute lorsque l'on est sur un chemin de conscience, l'accidentel paraît inacceptable. Lorsque l'on est un être humain, c'est-à-dire un être de sens, ce qui - en tous cas pour l'instant - n'en a pas, paraît inacceptable.

Je ne vous cache pas que, l'espace de quelques jours, j'ai souhaité tout arrêter. Notre projet, le yoga, les cours. Tout. Mais on dit en Inde, que lorsque l'on meurt de mort violente, c'est-à-dire de mort prématurée, le corps énergétique qui n'avait pas fini "d'expurger" ce qu'il avait à vivre (les indiens parleraient de karma), ce corps d'énergie est encore très vibrant, très vivant. Et alors j'ose espérer que notre chat désincarné est encore là, non loin de nous... 

Et alors je souhaite rester, là où nous sommes, et continuer...

J'avais commencé à écrire ce texte, sans savoir si je le mettrai en ligne
car publier une photo de mon "vrai" chat me paraissait désormais "anachronique", 
quand Dominique m'offrit ce tableau huilé du matin même : lui sans être lui...

C'est ce dont cette douloureuse expérience me fait prendre conscience : il faut continuer, il faut avancer encore et toujours sur la voie du yoga. Yoga est là pour que nous abolissions les limitations corporelles, yoga est là pour que nous franchissions ces frontières physiques, et cela dans āsana même : dans chaque posture nous devrions pouvoir faire l'expérience non que du corps grossier, mais de l'enveloppe subtile en nous. De cette dimension de notre être qui ne peut s'atteindre par les organes sensoriels, qui ne se voit, ni se touche, ne s'écoute ni ne se goûte, ni ne se hume. C'est cette étape, ce dépassement des outils extérieurs de perception, que Patañjali nomma pratyāhāra, "le retrait des sens", et qui marque le vrai début d'une vie intériorisée... d'une vie spirituelleMais pour en arriver ne serait-ce que là, à l'orée de la quête intérieure (antaraṇga sādhana), il nous faudra beaucoup pratiquer (sans beaucoup attendre, me fût-il rappelé...), y compris sinon surtout dans les moments difficiles, dans ces moments blessés de la vie où nous en avons le moins envie, mais où nous en avons pourtant le plus besoin... Alors, pratiquant autant que faire se peut, peu à peu le temps fera son oeuvre, lui qui, ainsi que me l'a dit celui qui eût tant de mal à me consoler : détruit tout, mais guérit tout...
Une définition qui s'applique à merveille au Dieu Śiva sous sa forme de Kāla Bhairava ("le Seigneur du temps") célébré en Inde le 8ème jour du mois suivant la pleine lune. Ce jour est dénommé kālāṣṭamī, et c'est exactement en ce propice jour de janvier (le 23) que mon chat a finalement disparu... de ma perception actuelle des choses du monde.

à bientôt... à vous, et peut-être à lui...

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