Mahāśivarātri 2014

Cette nuit est Mahāśivarātri, grande nuit de Śiva en Inde... 
C'est une célébration très suivie dans le monde du yoga, pour lequel Śiva est moins considéré comme le dernier Dieu de la Trinité que comme l'Adiyogi et l'Adiguru, le premier des yogis et le premier des gurus, c'est-à-dire le premier à avoir transmis la connaissance du yoga. La première à qui Śiva transmit le yoga fût son épouse, la montagnarde Pārvatī, réincarnation de feu sa première femme, Satī, et l'on dit aussi parfois que cette nuit est nuit de leurs retrouvailles... Prête sans doute, après des années d'ascèse et de dévotion à cette ré-union, Pārvatī imbiba si bien l'enseignement de Śiva (parvenu jusqu'à nous sous la forme des Śiva Sūtras ou Śiva Sūtrāṇi), qu'elle devint une partie de lui, littéralement sa moitié, ou tel qu'il est joliment dit dans le Skanda Purāṇa : qu'elle "l'étreignit membre-à-membre"...
  
Ardhanārīśvara, représentation androgyne de Śiva-Pārvatī,
devenus mi-l'un mi-l'autre...

Les deux premiers aphorismes des Śiva Sūtrāṇi nous disent : 1.1 caitanyamātmā : la conscience universelle est notre nature véritable et 2.2 jñānam bandhaḥ : éprouver la conscience individuelle comme étant notre nature et ne pas savoir que la conscience universelle est notre nature véritable est entrave (traduit de Laksman Joo), ou plus directement du sanskrit : la connaissance est entrave. "Je sais" fait entrave à la connaissance véritable de ma propre nature. 
"Je sais" fait entrave à "Je suis"... Aussi, si nous voulons, veillant ce soir, recevoir, comme il arriva à Pārvatī, l'enseignement direct de Śiva, si nous voulons avoir, tout comme elle, part à Lui, il nous faudra tout d'abord être prêts à nous départir de tout ce que nous croyons savoir, de tout ce que nous sommes si sûrs d'être, de toute connaissance limitée (et c'est pourquoi le dieu détruit : on ne peut pas remplir une bouteille pleine, disaient nos grands-mères), pour devenir, telle était la Devī, pure réceptivité. Devenir réceptacle, récipient sans contenu. Devenir vides et avides de savoir...


Oṁ namaḥ Śivāya.
A lire également : les articles sur Mahāśivarātri 2012 et Mahāśivarātri 2013

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