Y a-t-il une séance gratuite ?

Voici une question qui me revient souvent en ce début d'année scolaire... Car, s'il semble passé dans les moeurs de proposer une séance "d'essai" gratuite aux élèves de yoga, si j'ai moi-même systématiquement offert cette possibilité lorsque j'ai commencé à enseigner sous un régime associatif, je ne pratique plus aujourd'hui cette façon de faire, consciente que ce qui "passe" relativement inaperçu dans un cours de grand groupe, ne sied pas forcément à des séances où le nombre de participants est plus restreint, telles que j'ai choisi de vous les proposer...


image du site bookish.com, pour un article sur la spiritualité et l'argent.

Ces séances sont avant tout un échange. Il y a toujours - même si nous ne venons qu'une seule fois - un enseignement, quelque-chose à comprendre, littéralement à prendre avec soi, quelque provision à emporter... Et il n'est pas un cours je crois, sans que je ne vous donne quelque-chose d'un peu substantiel que vous puissiez ensuite réutiliser dans votre pratique à la maison, dans votre vie, parfois dans votre travail auprès des autres. Il y a une nourriture - technique, énergétique, émotionnelle ou intellectuelle - mise à disposition, ne mérite-t-elle pas rétribution ? Lorsque nous allons chez le marchand de légumes (puisque c'est dans une file d'attente sur le marché que j'avais un jour cette conversation), lui demandons-nous cette semaine une salade gratuite pour "voir" si elle est bonne ? Non, nous rémunérons l'effort de celui qui s'est levé de bonne heure et a préparé sa terre pour que nous mangions. Tant pis si nous nous trompons, nous acceptons de prendre ce risque...

Alors bien-sûr le yoga n'est pas - surtout pas - une denrée de consommation, et si j'offre tout cela volontiers, si je ne compte pas ce que je vous dis ou donne pendant les cours, si je n'hésite pas à rester ensuite parler avec vous lorsque ma fille nous a rejoints (ce que l'on a parfois appelé "le cours bis"), si cela est en quelque-sorte "gratuit", il faut néanmoins avoir conscience que conduire un atelier de yoga suppose des frais de fonctionnement incompressibles et non négligeables : soit d'éclairage, de chauffage, de ménage, de matériel..., soit de carburant, de location de salle... 
Et cela en soi a un coût, à partager entre tous ceux qui sont là, et non pas tous moins un, tous sauf moi...

Payer pour son cours de yoga - fût-il le premier - contribue à lui donner non pas un prix, mais du prix, de la valeur. Car quant au juste prix, sans doute est-il celui qui nous rebute un peu (mais pas trop...), de manière à ce que nous ne puissions nous empêcher de savoir cette valeur... De savoir de quoi éventuellement nous nous privons parce que nous avons choisi de placer le yoga plus haut. Pour Noëlle Perez Christiaens, cela va encore plus loin, le cours étant au sens indien, un métaphorique sacrifice, et le nécessaire rituel du paiement, l'offrande, la dākṣiṇa faite par le sacrifiant (l'élève, traditionnellement celui qui finance la fête sacrificielle) au professeur, ici l'intermédiaire avec "les Dieux", disons, avec une dimension qui nous dépasse.

Aussi, si pour ma part j'offre bien une séance gratuite, c'est une séance par trimestre à ceux qui choisissent de régler à ce rythme, préférant récompenser plutôt que la curiosité... la fidélité, et l'engagement dans cette discipline sacrée qu'est le yoga, aux symboles et aux implications - même dans les plus petits détails - bien plus vastes que l'on ne pourrait de prime abord le soupçonner...


Praṇam.

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