Tout est souplesse ?

J'ai récemment découvert les très pédagogiques photographies de Paul Grilley (instructeur en yin yoga) qui illustrent à merveille ce que je vous explique quelquefois en cours, à savoir que non, tout n'est pas qu'une question de souplesse... 
Q'une posture vous soit accessible ou non est aussi question de structure. 

Par exemple : c'est la forme de votre bassin, et en particulier l'orientation de vos cavités cotyloïdes (le logement de votre tête de fémur) qui décide que votre baddha koṇāsana, votre "angle lié" ressemble plutôt à celui-ci ou à celui-là :

Sur le premier bassin présenté, l'acetabulum (originellement le pot à vinaigre des grecs...) est orienté vers l'avant rendant l'abduction "en papillon" plus difficile que pour le second bassin aux cavités plus ouvertes vers l'extérieur...

Ou, autre exemple : c'est la forme et l'orientation de vos cavités glénoïdales 
(là où votre humérus s'insère dans votre épaule) qui détermine que votre "anse de panier" (en anatomie une rétropulsion) ressemble plutôt à celle-ci ou à celle-là :

Entre ces deux omoplates, on voit nettement que l'acromion (ce "sourcil" osseux) recouvre beaucoup plus le logement de l'humérus à droite qu'à gauche, ce qui limitera considérablement les mouvements de l'épaule...

Ces photographies sont l'occasion pour moi de vous redire et de vous faire comprendre qu'il ne faut jamais forcer dans āsana. Qu'il ne faut non-plus jamais vouloir copier un modèle extérieur - une photo dans un livre, son professeur, son / sa voisin(e) de tapis..., ne sachant en général pas comment nous sommes fabriqués à l'intérieur... 

Alors nous pouvons certes travailler à assouplir, à dé-raidir les muscles qui entravent la bonne mobilité d'une articulation... mais jusqu'à un certain point. Jusqu'à ce que l'on "tombe sur un os", jusqu'à ce que la tête du fémur ou d'humérus bute sur sa cotyle. 
(J'ai toujours dis un cotyle, mais après vérification, la racine grecque serait féminine...)

Aussi, acceptons les limitations que nous propose (nous impose...) notre corps, 
et répétons-nous bien souvent que si nous ne pouvons pas, c'est que sans doute,
nous ne devons pas... (sauf à se fabriquer ce fameux syndrome dit "d'abutement", 
le mot nous parle à présent, de l'épaule ou de la hanche...).

Le yoga n'est pas là - au contraire - pour satisfaire notre ego, nous prouvant que nous pouvons toucher le sol avec nos genoux ou notre tête au détriment de nos tendons, de nos muscles et articulations. Le yoga est là entre-autres, pour que nous apprenions à utiliser sainement notre corps qui est rien moins que notre "véhicule d'éveil", et pour lequel il n'existe guère de "pièces de rechange", la pourtant très perfectionnée Dame Chirurgie n'ayant jamais si bien fait que Mère Nature...
Ahimsā encore, que le tragédien Racine résumait en un alexandrin : 
"Qui veut voyager loin ménage sa monture"...

En espérant que cet article vous aura rassuré(e)s plutôt que découragé(e)s... 
à bientôt...

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