qu'est-ce qu'un sūtra ?

Comme je l'ai promis dimanche (22/01) à certaines qui participaient au stage sous la yourte, je redonne ici quelques éléments de ce que je vous avais évoqué la première fois dans mon introduction au texte de Patañjali. Avec aujourd'hui cette interrogation : qu'est-ce qu'un sūtra ?

analogies de fils et de perles : le premier des yoga-sūtras,
le détail d'un mālā gentiment offert par Ana, et le dessin d'une colonne vertébrale

sūtra = fil
Un sūtra, littéralement c'est un fil. Nous retrouvons d'ailleurs chez nous sūtra dans "suture", le fil qui recoud, qui relie, qui rapproche les deux bords d'une blessure... 
Et nous sommes encore là pleinement dans le sens de yoga, "joindre", "relier"...
Donc un sūtra, au départ, ça n'est pas forcément quelque-chose d'écrit, de littéraire. Notre colonne vertébrale par exemple, est un sūtra, c'est Brahmāsūtra, le fil de Brahmā, le fil du créateur, le fil de moelle sur lequel sont passées les perles vertébrales. 
Car implicitement en Inde, le fil, c'est le fil à enfiler, le fil du mālā, le collier à prière. 
Et comme en français le chapelet en est venu à désigner la phrase, la litanie que l'on récite sur chaque perle ("dire un chapelet"), le sūtra certainement en est venu en Inde à désigner le verset d'un texte sacré. Puis le texte lui-même, en entier.
C'est pourquoi nous disons le ou les yoga-sūtra, selon que l'on considère le sūtra comme étant le verset (et chacune des 195 ou 196 maximes de Patañjali est une véritable perle...), ou bien que l'on parle du texte dans son ensemble, et que l'on se souvienne de l'invisible mais fondamental fil qui lie les perles entre elles.

sūtra = aphorisme = prescription
En général, nous traduisons en français sūtra par "aphorisme", nous référant au verset. Un aphorisme, c'est une formule, c'est aussi, dans le dictionnaire, une prescription. 
Au sens médical (et nous nous souviendrons ici que Patañjali aurait aussi écrit un traité d'āyurveda...), ce sont les recommandations du médecin pour nous sortir d'un état douloureux. Or il y a toujours, sous-jacente dans le yoga et bien-sûr dans les yoga-sūtra, l'idée de souffrance, l'idée que tout est souffrance (c'est aussi le "sarvaṁ duḥkham" du bouddhisme), et que de cette souffrance, il va falloir nous en libérer...
Cette libération prendra du temps, ce qui nous amène à l'autre sens de prescription (le sens dont on use communément quand on dit "y'a prescription") : le délai. 
La prescription, au sens pénal, c'est le laps de temps au bout duquel, soit nous acquérons quelque-chose (mais en yoga, il y a si peu à obtenir...), soit nous sommes libérés de quelque-chose (et il y a tant à nous déposséder...).

Aussi, le fil du yoga, le yoga-sūtra, serait ce fil conducteur tendu par Patañjali, qu'il nous faudra suivre un bon bout de temps avant que d'accéder à la yoguique libération, comme le grec Thésée peut-être, ayant vaincu le démon Minotaure (et le yoga-sūtra nous dira le nom des nôtres monstres...), rembobina celui d'Ariane pour sortir des méandres de l'existence et accéder à la lumière...


Praṇamāmi Patañjalim...

Commentaires

  1. Très beau site sur le yoga !
    éclairé et éclairant !
    Un fil conducteur tisse la trame d'un contenu étoffé.
    Le contenant soigné et ravissant accentue l'envie d'y entrer...

    C.CYL

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