Mahâshivarâtri, nuit de Shiva

Toutes les nouvelles lunes (amâvâsyâd'une manière générale le sont, mais celle de ce soir, lune sombre du mois hindou de Phâlunga, l'est plus encore : dédiée à Shiva.
En ce noir soir, ayant jeûné tout le jour, l'Inde fera nuit blanche pour célébrer - tant en musique qu'en méditation -, Mahâshivarâtri, la grande nuit de Shiva.

une image du Mahâdeva en son himalayen ermitage glanée sur hindudevotionalblog.com

Troisième de la Trinité, Dieu dit de destruction, Shiva se trouve "naturellement" associé à la nuit, et plus encore bien-sûr, à la nuit qui n'a pas de lune. Plongés que nous sommes alors dans la plus totale obscurité, privés de nos deux luminaires (n'ayant ni lune ni l'autre, le soleil), nous ne distinguons plus le monde, qui, à nos yeux, semble anéanti. Mais... l'incommensurable Shiva se situe bien au-delà de ce que nos sens et notre conscience limités sont en mesure de percevoir, et quand pour nous, la nuit tout éteint, en Shiva "tout est un"... L'orientaliste Jean Herbert n'appelle pas d'ailleurs le dieu "Destructeur" mais "Puissance de retour à l'un", comprenant que ce que le Maheshvara (le Seigneur Suprême) désagrège, c'est le monde fait de l'infinité des formes, c'est la multiplicité. Et c'est aussi parce que Shiva incarne cette force qui, inéluctablement, ramène à l'unité originelle, que la tradition a fait de lui le Mahâyogi, le Grand Yogi, l'Unifié. Oserais-je écrire "lunifié", car la lune, passant périodiquement du rien au point, au plein, est elle aussi symbole du retour à l'un. Comme Shiva qui la porte sur sa tête, la lune avec ses phases nous enseigne que ce qui vient à l'existence doit mourir, mais que ce qui périt renaît : de cette lune qui ce soir n'est plus, ne disons-nous pas en français qu'elle est nouvelle 

Shiva-Candrashekhara, le Couronné de lune
Dans la mythologie de l'Inde, si l'astre se renouvelle, c'est justement, grâce à Shiva... Candra, le Dieu-Lune, avait épousé vingt-sept des filles de Daksha, Art-Rituel. Mais, comme sur les vingt-sept, il en préférait une, Daksha l'avait condamné à mourir, perdant peu à peu de son éclat. Au dernier soir, voyant qu'il allait "s'éteindre", Candra alla trouver Shiva, dieu des fins de cycle, des bouts de course, qui lui accorda refuge en son chignon et qui, empiétant si l'on peut dire sur les prérogatives du créateur Brahmâ, le gratifia du don de croître, autant qu'il avait décru. Shiva sauveur, Shiva  dévastateur, nulle contradiction n'existe pour le dieu Un, et si sa mission le veut destructeur, son nom lui, le dit "Bienfaisant", ce nom - Shiva - qui toute la nuit sera chanté :
Oṁ namaḥ Śivāya.

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