Dîpâvalî, la fête de lumière

Ce soir est soir de nouvelle lune, ce moment du mois où "le soleil habite avec la lune", amâvâsyâ, dit poétiquement le sanskrit (amâ, c'est "ensemble" et vâsyâ, "habiter, résider"), où la terre, la lune et le soleil étant alignés, nous ne voyons que le côté sombre de notre satellite, autant dire... rien.
Et de cette lune noire de fin-octobre-début-novembre (le mois de Kârttika en Inde), les indiens font une fête de la lumière, la célèbre Divâlî, connue chez nous pour être le noël ou (les exercices comptables commencent à cette date...) "le nouvel an hindou".

une lampe à huile (dîpa), Inde du sud (Kérala), 2003

terrasser les ténèbres...
Dans la mythologie, le premier des quatre jours de Dîpâvalî commémore la victoire de Krishna sur le démon Naraka. Ce fils du dieu Vishnu et de la déesse-Terre Bhûmi, à force d'ascèses yoguiques, avait acquis de Brahmâ de divins pouvoirs, dont il fit mauvais usage, devenant "Infernal" (c'est le sens de son nom) sur terre comme au ciel. Ayant eu la vie très longue, Narakâsura sera finalement tué dans une grande bataille par Satyabhâmâ et Krishna, les réincarnations de ses deux parents, car seuls ceux, sans doute, qui lui avaient donné la vie avaient aussi pouvoir de la lui retirer...

Dans le nord de l'Inde, Divâlî - raccourcit le hindi -, célèbre en outre la victoire du prince Râma sur le monstre de Lankâ, Râvana. "Celui qui fait hurler" présente peu ou prou le même profil que l'infernal Naraka, ayant, lui aussi obtenu de l'aïeul Brahmâ de grandes facultés, dont il mésusa pareillement, offensant animaux sacrés, femmes ou dieux. 
C'est Râma (comme Krishna, un avatâr de Vishnu) qui vainquit le tyran à dix têtes qui lui avait enlevé sa femme. Et lorsque, presque à la fin de l'épopée du Râmâyana, le prince "charmant" (râma) rentra en sa capitale, son épouse Sîtâ libérée au bras, il marcha sur le chemin qu'avaient illuminé pour eux les habitants d'Ayodhyâ. Dîpâvalî en sanskrit (de âvali, la ligne, la rangée, et dîpa, la lumière, la lampe), étymologiquement, c'est le chemin de lumière.

... par la lumière-conscience
Par exellence, le yoga aussi est chemin d'illumination, et "le yoga des postures" notamment, qui vise à réunir en nous ("yoga = union", avons-nous vu), le soleil et la lune, que sont le "ha" et le "tha" du "hatha yoga", les deux luminaires qui ce soir au ciel habitent ensemble.

quelques loupiotes de Divâlî, Bombay, 2000

Et devant cette apparente céleste obscurité, me revient maintenant à l'esprit, le souvenir ému de mon premier retour d'Inde par une nuit de Divâlî. L'avion s'élevait au-dessus d'une Bombay tout illuminée, tissant ses mailles de guirlandes jusqu'en son bidonville de Dhârâvi qui bordait alors les pistes de l'aéroport. La lumière, symbole de conscience, trouve partout son chemin, et derrière la face sombre des choses, existe toujours un versant lumière : ce soir, la lune invisible ensoleillée...


Shubh Divâlî, Happy Divâlî !

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