"reviens demain" (naale baa)



Il y a quelques jours encore, j'attendais les affiches et flyers (les papiers volants, 
si l'on traduisait) qui me permettraient d'annoncer le début de mes cours pour cette rentrée 2011. Mais rien n'arrivait... 
« Le transporteur n'a pas trouvé votre adresse », me répondit-on chez l'imprimeur. 
Que faire en ce cas ? 
« Il reviendra demain », m'apprit la voix. 
Demain... trouvera-t-il mieux ?!
Cette anecdote me fit penser à la croyance populaire répandue en Inde, qui veut que, pour se protéger des démons, il faut inscrire, en grosses lettres sur sa porte, les mots "naale baa", "reviens demain" en langue kannada. Le mal-intentionné repart ainsi ce jour, et revient le lendemain, trouvant le même message, et ainsi de suite, indéfiniment. À supposer que le démon sache lire le kannada, la ruse est infaillible, car, quand on y songe (et c'est ce que nous enseigne cette superstition), demain n'existe pas. Nous ne sommes jamais demain, nous sommes toujours aujourd'hui, le jour "d'hui" répète l'étymologie, le jour "d'en ce jour" ! Seul le présent "est", faut-il rappeler, puisque le sage nous prévient : ainsi faisons-nous avec le malin, ainsi faisons-nous avec le divin... Nous remettons "dieu" à demain... Nous renvoyons ce qui nous serait bénéfique, profitable, nos essentiels (que ce soit ou non le yoga), nos grandes et petites choses, "à J+1", comme le livreur mes affiches... Notre propre sagesse populaire le sait aussi (vous connaissez le proverbe : "ne remettez à demain..."), que chaque fois que nous disons "demain", nous sommes victimes de nos tendances, de nos "samskâras", dirait le yoga qui entend nous les ôter.
Sortant de ma rêverie, je m'en fus voir s'il n'était un "naale baa" à ma porte, et le jour dit (soit le jour d'hui), mes documents m'arrivèrent. 
Le présent de l'instant présent.

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